Entretien avec Michel Faber, Directeur de la Fédération Forêts-Bois Rhône Alpes (FIBRA).
Tee RA : En quoi la volonté de réduire notre empreinte environnementale peut-elle favoriser le développement d’activités autour du bois en Rhône Alpes ?
MF : FIBRA représente toutes les activités, depuis l’exploitation de la forêt, jusqu’à l’utilisation du bois et sa disparition ultime (retour sous forme de CO2 dans l’atmosphère, après avoir été utilisé en tant que combustible ou reconverti, après une opération de déconstruction par exemple).
Notre intervention se fait sur l’ensemble de cette filière dans l’objectif de mettre en cohérence tous ses acteurs afin de développer les activités autour du bois, dans une démarche de développement durable.
Pour nous, la prise en compte de l’environnement commence en forêt. Le milieu naturel de la forêt produit une variété d’espèces, d’essences différentes, des feuillus, des résineux… L’enjeu consiste à faire en sorte que ce couvert forestier assure ses multiples fonctions :
- Fonction de purification de l’air, de production d’oxygène et d’absorption de CO2. : absorber le CO2, c’est le rôle de la photosynthèse ; un arbre en pleine maturité stocke du carbone.
- Fonction de protection : en montagne, la forêt protège les hommes et les ouvrages des avalanches et des chutes de pierres.
- Fonction de filtration de l’eau de pluie et d’abri de la vie : il y a en forêt une richesse de biodiversité considérable.
- Fonction d’accueil des publics, d’espace de récréation.
Et enfin, fonction de production.

Rhône-Alpes est la deuxième région française en couverture forestière, soit 35% de notre territoire.
Traditionnellement, on utilise beaucoup de bois-combustible et de bois-construction. Rhône-Alpes n’a pas d’unité de production de panneaux à base de bois. Plaquettes de scierie, sciures, copeaux de rabotage, tous ces connexes sont passés assez naturellement vers l’application en combustible.
Ce qui fait que notre région est aujourd’hui, par exemple, la première région utilisatrice de combustible bois. Nous avons, sans doute, le premier parc de réseau de chaleur et chaufferie bois dans les collectivités.
Nous sommes aussi la première région de France dans l’utilisation du bois pour la construction. 17% des entreprises françaises de charpente et de construction-bois sont en Rhône Alpes.
Tout cela fait de notre filière un acteur économique important, qui compte aujourd’hui 41 000 salariés.
Depuis les lois Grenelle 1 et 2, nous sommes dans un contexte favorable au développement de l’activité de la filière forêt-bois.
L’utilisation du bois est tout d’abord encouragée, parce que le bois représente une opportunité formidable en tant qu’énergie renouvelable.
Le bois est le combustible qui devrait permettre d’arriver à l’objectif de 23% d’énergies renouvelables à horizon 2020. Le bois en bûche est le premier poste d’utilisation d’énergie renouvelable en France, bien avant le solaire, et cela ne se sait pas !
Par ailleurs, le bois peut être aussi considéré comme une excellente matière pour la production de carburants de seconde génération, type bio-kérosène. C’est un nouvel appel à la forêt pour trouver la matière. A ce titre, FIBRA participe aux travaux du pôle de compétitivité TENERRDIS [1] qui travaille sur les nouvelles techniques appliquées aux énergies renouvelables (ENR) : le solaire, l’efficacité énergétique dans le bâtiment, la gestion des réseaux (smart grids) [2], la biomasse, l’hydrogène/pile à combustible et l’hydraulique.
Mais les lois Grenelle ont aussi amené les pouvoirs publics à réfléchir sur une utilisation renforcée du bois pour la construction.
Cela commence par lever un certains nombre de freins normatifs et réglementaires pour pouvoir utiliser davantage le bois dans la construction.
Nous y travaillons au niveau du Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement Durable, des Transports et du Logement, (MEEDTL) dans le cadre de la Direction de l’habitat de l’urbanisme et du paysage.
TEE RA : Alors pourquoi l’utilisation du bois dans la construction est-elle appelée à se développer ?
MF : Pour des raisons liées aux caractéristiques du matériau bois. Tout d’abord parce qu’il est renouvelable et qu’il stocke du carbone.
Le bois a un bilan carbone très intéressant. On sait que son énergie de process (quantité d’énergie dépensée, pour le transformer) est inférieure à celle utilisée pour produire d’autres matériaux. Le béton, le verre, l’acier ont des bilans carbone plus élevés ; même si l’on ne dispose pas encore d’une comptabilité qui permette de comparer précisément de façon objective.
Ensuite, c’est un matériau léger. Il va permettre de construire par exemple, des surélévations. Rajouter un ou deux étages en bois ne va pas remettre en cause les fondations d’un immeuble.
Parce qu’il a une capacité d’isolation, le bois permet ainsi de produire des systèmes constructifs qui intègrent l’isolant dans leurs propres parois. Cela permet d’obtenir des parois moins épaisses, pour une performance thermique équivalente à d’autres systèmes. Ce qui représente un avantage quant à la surface dédiée à l’habitat, notamment en logement collectif.
Tee RA : Avec une utilisation renforcée du bois, comment les activités autour du bois-construction et du bois-combustible sont-elles appelées à se développer ?
MF : Nous avons d’un côté, ce contexte favorable à l’utilisation du bois, et de l’autre nous avons du mal en Rhône-Alpes, comme partout en France, à développer la production.
Nous peinons également pour faire en sorte que nos scieurs produisent le bois-combustible et le bois-construction dont la région a besoin. La scierie Rhône alpine produit 1,2 millions de mètres cubes de sciage par an. Cela fait 35 ans que ça dure et, on n’arrive pas à faire plus. Et ce pour plusieurs raisons. Il y a certainement une forme d’obsolescence de certaines entreprises, les plus petites d’entre elles. Mais celles qui retiennent notre attention sont celles de taille moyenne ou plus importantes qui ont du mal à réunir leur approvisionnement, car nous sommes depuis plusieurs années dans un contexte difficile.
En ce qui concerne le bois de construction, à l’aval, les entreprises de deuxième transformation ne trouvent pas toujours la bonne réponse dans la scierie voisine.
Les entreprises doivent chercher sur le marché international et européen en particulier, des solutions de bois sec et qualifié qui correspondent à ce dont elles ont besoin. L’offre européenne est bien plus compétitive, mieux adaptée à leur besoin que l’offre française actuelle.
TEE RA : Mais le bois manque d’une façon générale en Europe. On ne sort pas assez de bois de nos forêts. Pourquoi ?
MF : Pour ce qui est de la France, certainement parce que notre forêt n’est pas adaptée. Elle a vieilli. Elle n’a pas été renouvelée quand il le fallait. Les plans de replantation de l’ONF n’ont plus été assurés, depuis que l’on a vu disparaître le fonds forestier national. Une taxe qui a permis, par exemple, d’introduire en France une essence telle que le pin Douglas.
Le Douglas monte en puissance aujourd’hui parce que l’on a fait des plantations à cette époque et qu’elles arrivent à maturité aujourd’hui.
Il faut aider la filière amont, au niveau de l’exploitation de la forêt et de la première transformation en scierie, à mieux qualifier les produits, à les rendre plus aptes à être utilisés dans la construction, par les entreprises de l’aval.
Organiser la production de façon à ce qu’elle puisse mieux répondre aux attentes des marchés, cela veut dire aussi répondre aux exigences en matière de certification PEFC -gestion forestière durable [3].
Même si on progresse dans la certification, la forêt domaniale l’est, c’est la forêt privée qu’il s’agit de certifier aujourd’hui.
Pour cela, il faut convaincre les propriétaires, les faire entrer dans l’acte de production afin qu’ils s’engagent et se mobilisent dans une gestion durable.
Cela s’est déjà traduit par un plan de mobilisation forestière signé par Michel Barnier, alors Ministre de l’agriculture.
Le contexte favorable au développement des activités liées à la construction-bois comme le manque de réponses aux besoins des entreprises sur le marché local entrainent une mobilisation en amont, pour adapter la ressource locale à ces besoins et développer l’exploitation de nos forêts dans un objectif de développement durable.
TEE RA : Alors, comment améliorer la ressource, mobiliser et qualifier les produits. Comment les rendre plus aptes à être utilisés dans la construction ?
MF : Le morcellement de la propriété privé ne facilite pas la tâche. Beaucoup de personnes sont propriétaires d’une parcelle forestière sans le savoir et ne s’en préoccupe pas. Il faudrait que la forêt soit déclarée d’intérêt public.
Nous pensons que des aménagements fiscaux pourraient encourager l’engagement dans un plan de gestion. Par ce biais, les pouvoirs publics pourraient inviter les propriétaires à se regrouper ou à confier la gestion de leurs parcelles à des personnes dont c’est le métier : des experts, des techniciens forestiers du CRPF [4] ou de coopératives forestières.
Experts qui ont, à une échelle territoriale, les capacités à construire une stratégie d’intervention et à informer et accompagner les propriétaires dans une démarche de gestion forestière durable.
Mais c’est un sujet délicat. On touche à la propriété privée, au patrimoine. Alors le déséquilibre entre une ressource qui manque et un besoin croissant fait monter les prix. Et la tentation pour le propriétaire, c’est d’attendre : « Je vais attendre que cela monte encore un peu ».
Quand on regarde comment le prix du bois a évolué, on constate que c’est une matière première sage par rapport à l’envolée des prix d’autres matières. Mais à force d’être trop raisonnable, on ne rémunère pas assez les différents maillons. C’est aussi un frein au développement. On ne réinvestit pas. Une augmentation des prix peut aussi, encourager le développement des activités.
Tee RA : organiser la production de façon à ce qu’elle puisse mieux répondre aux attentes des marchés : de quoi avez-vous besoin pour y parvenir ? Quelles sont les compétences nécessaires ?
MF : Nous avons les experts, des techniciens préparés à la gestion de la forêt, habitués à l’animation, à la concertation et la mise en œuvre de plans de gestion. Certes, leur tâche est colossale, mais la compétence est là.
Ce dont nous manquons, c’est d’entreprises de travaux forestiers.
Nous avons besoin d’entreprises de bûcheronnage, de débardage, de cablistes, pour la mise en place de dispositifs pour sortir les grumes, dès l’instant où les pentes vont au-delà de 35 à 40%.
Quand une entreprise de travaux forestiers intervient en forêt certifiée PEFC, elle doit être aujourd’hui elle-même certifiée et répondre au cahier des charges PEFC et adopter un code de bonnes pratiques en forêt ; par exemple, réparer les dégâts occasionnés sur les chemins qu’elle emprunte, ne pas utiliser n’importe quelle huile pour son matériel, ne pas laisser les bidons d’huile traîner après leur utilisation.
Ces entreprises sont pour la plupart artisanales, unipersonnelle. Un chef d’entreprise qui travaille seul est souvent bon dans son métier de forestier ; mais, moins bon dans la gestion de son entreprise, dans la vente de sa prestation, dans son organisation de chantier, dans sa gestion de sa saisonnalité d’intervention.
Voila un premier maillon où nous avons, à la fois, besoin de nouveaux acteurs et de professionnalisme ; besoin d’accompagner l’existant pour apprendre à travailler autrement.
Ensuite, le monde de la scierie recrute.
Les scieries n’embauchent pas de caristes, de gens qui classent le bois, de pilotes de scie. Elles cherchent des gens qui ont envie de travailler. C’est comme cela qu’elles définissent leur métier aujourd’hui.
Les scieurs recrutent des personnes motivées qui ont envie de s’investir dans le métier parce qu’elles en mesurent l’intérêt et les perspectives. Mais elles peinent à recruter.
L’offre de formation existe. Mais d’un côté, elle manque de candidats et de l’autre, les entreprises se disputent les gens bien formés.
Et puis, ce sont des métiers qui n’ont pas forcément une bonne image. Nos scieurs ne participent pas suffisamment à la promotion des compétences dont ils ont besoin et ne communiquent pas assez sur leurs métiers. Ils ne savent pas accueillir, transmettre, donner envie. Nous devons les encourager et les aider à le faire.
Enfin, les métiers évoluent dans tout ce qui est en lien avec la construction.
Aujourd’hui, l’arrivée des nouvelles réglementations thermiques, -bâtiments basse consommation (BBC), bâtiments passifs et à énergie positive- appellent une profonde évolution des systèmes constructifs. Pour la première fois de sa vie, le secteur du bâtiment est confronté à une obligation de résultats. Il doit garantir les objectifs fixés en matière d’efficacité énergétique. La demande se développe. Le marché va plus vite que la réglementation
La prise en compte de l’aspect énergétique dans le bâtiment a été plus rapide que l’on ne l’imaginait. Les bailleurs sociaux, par exemple, sont déjà demandeurs de constructions passives. Et ce qui se passe actuellement avec le prix du pétrole accélère encore les choses.
Pour construire correctement, il faut se mettre d’accord sur une bonne enveloppe, c’est-à-dire, un plancher, des murs et une couverture étanches à l’air.
Cela pose une série de questions liées à la manière dont les différents lots sont alloués. L’allotissement et la coordination sont au centre des préoccupations.
Chaque entreprise qui intervient dans l’acte de construire doit se préoccuper de ce qui s’est passé avant et de ce qui va se passer après.
Les modes d’intervention sur chantier changent, la répartition des responsabilités n’est plus la même. Ce nouvel environnement de l’acte de construire, fait naître de nouveaux métiers, autour du développement de la construction bois par exemple. Mais il fait aussi appel à des évolutions pour les métiers existants tels que charpentier ou menuisier.
Nous devons, avec l’ensemble des corps de métiers impliqués dans l’acte de construire, repenser les référentiels de formation.
Tee REA : le développement d’activités liées à la production du bois-combustible fait-il aussi appel à certains besoins en matière de compétences ?
MF : Nos métiers évoluent aussi en ce qui concerne la production de bois-combustible. Les professionnels du bois-combustible ont compris qu’on ne peut pas produire un combustible non qualifié. En effet, n’importe quel type de bois ne peut pas être mis sur le marché !
Là encore, il s’agit d’apprendre à travailler autrement.
Cela nous a conduits, par exemple, à mettre en place la certification « Chaleur Bois Qualité Plus », qui engage le fournisseur de combustible-bois vis à vis de son client.
Il s’agit pour lui de mieux connaitre les différents produits comme les plaquettes, les granulés, et d’être en capacité de conseiller son client sur leur utilisation.
Nous avons réalisé un gros travail avec l’ADEME pour élaborer des méthodes de caractérisation de ces combustibles.
Un bon rendement thermique est obtenu avec du bois dont le taux d’humidité est inférieur à 25%. Le pouvoir calorifique inférieur (PCI) est d’autant meilleur que le bois est plus sec.
Les mesures des taux d’humidité et des taux de cendre vont, par exemple, permettre de caractériser toute une gamme de produits pour en définir les modes de production.
Sur le salon des ENR en février dernier, nous avons lancé la marque « Rhône Alpes Bois Bûche ».
C’est une démarche de qualification du combustible : les producteurs doivent préciser l’essence, la taille des bûches et le taux d’humidité. Ils doivent également prévenir et conseiller le client sur le stockage le séchage avant utilisation.
Toutes ces évolutions conduisent nos producteurs à ne plus parler en m3 apparent, mais en kWh: parler donc en professionnels de l’énergie !
Ces démarches de montée en qualité du bois combustible, puisqu’elles mobilisent la ressource locale, participent au développement d’activités sur notre territoire, et de fait, ont un impact sur l’emploi.
Michel Faber
http://www.fibra.net/
Propos recueillis par Marie Fabienne GILLE - Réseau Tee RA, Mars 2011
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Autres infos emplois/ bois
- Rapport du comité de filière « agriculture et forêts » – Grenelle de l’environnement
- Les emplois des énergies renouvelables
La filière bois énergie compte déjà aujourd’hui 25 000 emplois…
solar-club.web.cern.ch/solar-club/
- La filière bois crée plus d´emplois que l’automobile ! On compte 425 000 emplois dans la filière bois française. Cela représente 1,7 % de l´emploi en France. C´est plus que le secteur automobile et ses 285 000 emplois.
http://www.metiers-foret-bois.org
Rapport filière bois – Réseau TEE IDF – Juillet 2010 – Métiers secteurs – formations
http://www.tee-idf.net/images-documents/prod/2010_TEE_mono_bois_web.pdf
[2] Smart grid est une des dénominations d’un réseau de distribution d’électricité « intelligent » qui utilise des technologies informatiques de manière à optimiser la production et la distribution et mieux mettre en relation l’offre et la demande entre les producteurs et les consommateurs d’électricité
[3] Programme for the Endorsement of Forest Certification schemes
http://www.pefc.org/
PEFC , Promouvoir la gestion durable de la forêt
http://www.pefc-france.org


C’est l’ADEME qui a mis au point la méthode de mesure du Carbone, specialement élaboré pour mesurer les émissions de Gaz à effet de serre (GES) dues aux activités d’une société. En pratique, ca consiste à mesurer chaque flux physiques concernant la structure étudiée : Les flux de personnes,Les flux de marchandises, Les flux d’énergie,etc…
Je vais me coucher moins niaiseux ce soir!
Contrairement à toutes les idées reçues, l’exploitation du bois n’est pas néfaste et dangereuse pour la forêt. Au contraire sa récolte peut favoriser le renouvellement régulier des forêts, bien entendu tout cela sous condition de gestion durable.
Tout à fait d’accord, tout n’est qu’histoire de gestion !