Créer et développer des activités : Témoignages.
Etudes et expertises en écotoxicologie.
Sylvie Tarantino Ecotoxicologue, créatrice et responsable de l’entreprise Toxibionte – Bureau d’étude, bioessai, expertise en écotoxicologie, santé et toxicité environnementale – Cheyssieu 38.

Tee RA : Comment se conçoit votre métier d’écotoxicologue ?
ST : Toxibionte est une entreprise spécialisée dans les études et les expertises en écotoxicologie.
L’écotoxicologie est définie comme « l’étude des modalités de contamination de l’environnement par les agents polluants naturels ou artificiels (produits par l’activité humaine), ainsi que de leurs mécanismes d’actions et leurs effets sur les êtres vivants qui peuplent la biosphère. »
Tous les écosystèmes (milieux aquatiques, terrestres…) sont étudiables, dans la limite des avancées scientifiques.
L’approche est pluridisciplinaire. Elle peut permettre de réunir tous les aspects des actions toxiques, en intégrant l’évaluation des effets à différents niveaux : niveaux moléculaire et cellulaire de l’organisme, niveau physiologique des individus, niveau des interactions comportementales dans une même population, et entre diverses espèces, dans leurs milieux de vie.
Mon métier consiste à réaliser des travaux pouvant répondre aux problématiques règlementaires du danger et du risque sur l’environnement, sur la qualité des milieux, sur les effets sur la faune et la flore.
Il consiste également à proposer des solutions innovantes pour apporter des informations sur les effets toxiques et à offrir des outils permettant d’évaluer une situation de contamination avant d’atteindre des effets irréversibles.

Tee RA : Pourquoi avoir créé une entreprise pour développer cette activité ?
ST : Bien que cette discipline ait une quarantaine d’année d’existence, elle n’est sur le devant de la scène, que depuis l’évolution des réglementations en faveur de la protection de l’environnement. Pour exemple, différents points du code de l’environnement prennent en compte les écosystèmes dans le développement des infrastructures de la société. Aussi, des réglementations sont établies pour encadrer la réalisation de projets (études d’impacts préalables), les émissions de contaminants, leurs influences sur la santé environnementale, ainsi que leurs impacts sanitaires.
Il y a également, le nouveau système intégré et unique d’enregistrement d’évaluation et d’autorisation des substances chimiques dans l’Union européenne – Directive REACH (Registration, Evaluation and Authorisation of Chemicals), la classification et l’étiquetage des substances chimiques, l’homologation des produits, etc.
Toutes ces obligations réglementaires entraînent une demande en études et expertises et donc un besoin de création de services répondant à ces attentes. Malgré cela, cette discipline est encore peu connue et de fait, peu de poste sont disponibles.
J’ai donc choisi de développer ma propre activité, et de créer mon emploi. Cela répondait à mon désir d’être indépendant et décideur.
Je souhaitais pouvoir faire des choix, selon mes motivations et en fonction de certaines valeurs que je défends ; participer également au développement des activités et de l’emploi au niveau local, par exemple ; faire en sorte bien sûr, que mon emploi soit durable, et inclure dans ce projet d’entreprise une ligne RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises).
Il s’agissait aussi, de faire connaître cette discipline d’intérêt qui apporte des informations nouvelles sur les effets de contaminants sur l’environnement ; et ceci, vis-à-vis des études physico-chimiques qui ciblent plutôt la quantification, la qualification des substances, comme des études écologiques qui soulignent quant à elles, les conséquences post-impact.
Tee RA : En quoi consiste votre activité ?
ST : Je propose la réalisation de profils éco toxicologiques, mais également l’évaluation du risque écotoxique. Le risque environnemental, ou risque écologique, se distingue en risques globaux et risques locaux. Pour ces derniers, les écosystèmes peuvent subir des dommages liés à l’aménagement physique (barrage, etc.) ou des dommages liés à la diffusion de composés toxiques. C’est ce dernier aspect qui est précisément nommé « risque éco toxicologique ».
Les avancées en recherche fondamentale (principal domaine d’activités en écotoxicologie) permettent de pouvoir concevoir des applications pragmatiques et utiles, Mon objectif est de proposer et d’adapter des outils issus de la recherche, au service de l’évaluation préventive de la qualité environnementale en respectant une certaine éthique.
C’est pourquoi je construis cette activité pour qu’elle me permette également de concrétiser certaines idées scientifiques que je mûris depuis plusieurs années ; idées centrées sur les problématiques sanitaires et environnementales et sur les moyens d’améliorer la qualité et la préservation des écosystèmes.
Tee RA : Comment se concrétise cet objectif ?
ST : Ma première source d’investigation est la construction du service Apisveille [1] sur la mesure et l’évaluation environnementale.
Apisveille® est une marque qui, au sein de l’entreprise Toxibionte, regroupe des projets et des études scientifiques, sur l’évaluation de la pollution environnementale et son impact sur le bio indicateur abeille.
A l’origine, Apisveille® a été pensé pour développer un projet éco-innovant intitulé « Bio indication prédictive et toxicité environnementale dans le domaine de l’apiculture ». Celui-ci fait l’objet à ce jour, d’un soutien financier de la région Rhône Alpes par le biais d’INNOV’R® 2010.
Ce projet consiste à utiliser l’abeille comme bio indicateur à des fins d’alerte de certaines pollutions environnementales. Et, pourquoi l’abeille ?
C’est un insecte domestiqué qui a fait l’objet de nombreuses observations au cours du XXème siècle. L’abeille par son activité de butinage, fait naturellement quotidiennement un nombre important de prélèvements, en explorant tous les secteurs ambiants. Sa grande mobilité lui confère un atout vis-à-vis des bio indicateurs passifs, tels que les végétaux.
Grâce à l’aisance de manipulation de l’insecte, par les pratiques apicoles et par la régénération en continue de la colonie, elle est un indicateur pertinent de son environnement qui permet d’éviter une stratégie artificielle d’échantillonnage.
Le projet, par le biais de contrôles des produits apicoles et physiologiques de l’abeille, permet, et permettra à terme, d’évaluer une exposition à diverses contaminations, comme de repérer certaines pollutions, qu’elles soient d’origine accidentelle ou volontaire; et ceci dans un objectif éthique en respectant la vie de l’animal. Il aidera ainsi à déterminer la qualité environnementale mais également sanitaire du rucher, avant des effets irréversibles, et ceci dans le but d’intervenir, en amont, sur le cheptel mais aussi sur l’environnement.
Le projet, c’est aussi construire un réseau d’apiculteurs pouvant participer à l’analyse de la dispersion et/ou de la pénétration plus globale de contaminants dans l’environnement.
L’écotoxicologie n’est pas essentiellement tournée vers le milieu terrestre et aérien. Je peux intervenir sur des problématiques liées au milieu aquatique et/ou maritime, au sol, etc. Les organismes biologiques d’études changent mais les méthodologies sont similaires.
Mon entreprise s’adapte pour permettre de répondre aux questions, pour trouver des solutions aux problèmes, -efficacité d’une technique de dépollution par exemple-.
Sylvie Tarantino
Titulaire du DEA de Toxicologie de l’environnement de l’Université Paul Verlaine de Metz
Propos recueillis par Marie Fabienne GILLE – Réseau Tee RA – Mars 2011
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[1] Avec Apisveille®, Sylvie Tarantino a été lauréate du Trophée des éco innovations Rhône Alpes 2010 – 2ème coup de cœur du jury.

Interview très intéressante et instructive. Je suis plus microbiologiste mais cela bonne envie de se plonger dans le sujet!