Activités de la biodiversité : quelles perspectives ?

Entretien avec André Lechiguero
Chargé de mission « Métiers »
Atelier Technique des Espaces Naturels (ATEN).

 

 

 

Tee RA : Quelle vision prospective avez-vous des activités et des emplois en lien avec la biodiversité ?

AL : Nous travaillons actuellement, en collaboration avec l’Association pour la formation professionnelle des adultes (AFPA), sur une commande du commissariat général du développement durable, (CGDD), service du Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement Durable, des Transports et du Logement, (MEEDTL).
Suite au Grenelle de l’environnement et au Plan national sur les métiers verts, les activités en lien avec la biodiversité sont appelées à se développer. Il devient donc intéressant de normaliser les pratiques, d’identifier les compétences pour mettre en place des certifications professionnelles et des formations adaptées. Il devient important de professionnaliser ce « secteur » d’activités.
Important également d’évaluer le nombre d’emplois, de les repérer pour être en mesure d’analyser et suivre leurs évolutions. Important enfin, pour le prescripteur qu’est le MEEDTL, de suivre l’impact de son plan national sur les métiers verts, de vérifier s’il fonctionne. C’est un objectif politique mais aussi stratégique à l’heure actuelle.

Notre travail consiste donc à aider le Ministère à identifier les compétences et les métiers, à évaluer le nombre d’emplois et à vérifier l’adéquation entre l’offre de formation actuelle et le marché du travail.
Nous n’avons pas encore de résultats définitifs, mais ce qui est intéressant, c’est notre cheminement, les étapes de notre travail et les méthodes d’observation que nous avons imaginées, en collaboration avec l’AFPA, pour obtenir des données.
D’ores et déjà, ce travail nous permet de faire certains constats et de nous questionner.

Alors, quelles sont ces étapes et ces méthodes que nous avons imaginées ?
Tout d’abord, s’agissant de la définition de la biodiversité nous avons retenu celle relative à la convention sur la biodiversité du 5 janvier 1992, convention signée par la France : « La biodiversité se définit comme la variabilité des organismes vivants, de toutes origines, y compris les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques ». Cela couvre la diversité au sein des espèces, entre les espèces, ainsi que la diversité des écosystèmes.

Par rapport à cette définition de la biodiversité, quels sont les activités et les métiers que nous allons sélectionner ?
Nous avons dessiné un périmètre, à partir de 4 postulats 

- Les services écologiques constituent une conséquence du bon fonctionnement des écosystèmes. C’est parce que les écosystèmes fonctionnent qu’ils rendent des services écologiques. 

- Si l’homme est au cœur de la biodiversité, l’homme en tant que tel est exclu du périmètre de notre étude

- Si la recherche fondamentale travaille sur la biodiversité, elle n’entre pas dans le champ de l’étude

- Enfin, tout ce qui relève de la gestion de l’eau (mais pas de l’assainissement), de la gestion des déchets et de l’énergie, même si cela a un impact sur la biodiversité, n’est pas pris en compte.

Ceci nous conduit à considérer en priorité les métiers dont la finalité principale est de contribuer au bon fonctionnement des écosystèmes pour qu’ils assurent les services écologiques attendus ; c’est-à-dire les métiers en lien avec les activités de gestion des écosystèmes, de protection, de valorisation, et de restauration des milieux naturels.
Ce sont des métiers que l’on retrouve principalement dans les espaces naturels, structures qui ont pour finalité la biodiversité, mais pas uniquement. On rencontre aussi ces métiers dans d’autres secteurs économiques et nous devons les repérer dans toutes leurs « déclinaisons ».

Premier objectif : les repérer 
Pour cela nous avons pris en compte tous les référentiels métiers en relation avec la biodiversité dont nous disposions. Soit au départ environ 800 fiches métiers issues des listes du ROME [1], du CNFPT [2], de l’ATEN… que nous avons sélectionnées et classées en fonction de 6 critères, organisés sur deux axes.
Le premier, en fonction de la finalité du métier ; le seconde en fonction de la finalité de la mission de la structure dans laquelle le métier s’exerce.
Le croisement des deux axes nous a permis de visualiser des degrés de spécialisation « biodiversité ».

Une fois cette première ébauche de périmètre établie, nous avons, pour chaque métier retenu, élaboré une nouvelle fiche métier en comparant, métier par métier, les différentes fiches pour en synthétiser les données.
Nous avons ainsi conçu une quarantaine de « nouvelles » fiches « métier » issues de l’agrégation des différents référentiels. Nous les avons classés en six familles : administration et soutien, aménagement et développement durable, information/éducation, préservation du patrimoine, production. (Cf. site ATEN)

Deuxième objectif, à partir de là, comment évaluer le nombre d’emploi correspondant à chacun de ces métiers ?
Dans le cadre des travaux du Grenelle de l’environnement, certaines études estiment à 20 000 les emplois de la biodiversité et prévoit 20 000 emplois supplémentaires à horizon 2020, sans pour autant que l’on puisse caractériser ces emplois de façon précise.

Alors, à quoi correspondent ces chiffres ?
Pour évaluer les nombres d’emplois pour chacun des métiers, nous avons tout d’abord rapproché « nos » fiches métiers des codes activité NAF correspondants.
Puis, code par code, secteur public et privé confondus, nous avons considéré les statistiques de l’INSEE qui, sur la base des déclarations des entreprises proposent des chiffres. Ceci nous a amené à une première estimation d’environ 60 000 emplois.

Mais cette première estimation n’est pas assez précise.
En effet, quand on croise notre fiche métier de « chargé de mission développement durable » avec la catégorie professionnelle correspondante « d’ingénieur des collectivités locales », on obtient un chiffre, mais on s’interroge.
Tous les ingénieurs des collectivités ne sont pas des chargés de mission développement durable ; Si la plus part des chargés de mission développement durable sont des ingénieurs des collectivités locales, l’inverse n’est pas vrai.
Alors combien ? Et comment évaluer combien d’entre eux ont la biodiversité au cœur de leur préoccupation ?

Autre exemple, pour le métier d’animateur, l’INSEE recense plusieurs milliers d’emplois.
Combien interviennent dans les champs de la biodiversité ? Comment retrouver les nôtres ?

Par ailleurs, nous constatons que certains métiers et familles de métier représentent des volumes d’emplois très importants.

Notre famille information/éducation, par exemple, représente, 30 000 emplois, soit 50% des 60 000 emplois.
La majorité de ces 30 000 emplois est représentée par le métier d’enseignant en Sciences et Vie de la Terre (SVT).
Un métier que nous avons gardé, pour l’instant, dans notre périmètre, partant du constat que beaucoup de ces enseignants travaillent avec la biodiversité comme support.
Est-ce que tous ont, pour autant, une action directe sur la biodiversité ?
Beaucoup de professionnels de la biodiversité diront : « Si je n’avais pas eu un super prof de SVT, jamais je n’aurai été conservateur de réserve naturelle !»
Alors certainement, les professeurs de SVT jouent un rôle de sensibilisation important. Ils sont la porte d’entrée. Ils éveillent une curiosité, un intérêt, une sensibilité pour la biodiversité. Faut-il pour autant les considérer comme des métiers de la biodiversité ?

Autre exemple, dans notre famille production, les métiers de l’exploitation forestière éco-responsable et de la production agricole éco-responsable représentent 9000 emplois. Nous avons gardé ces deux métiers dans notre périmètre parce que leur action a bien « aussi » pour finalité le maintien des écosystèmes en capacité de fonctionnement.

Alors, les enseignants de SVT, sont déjà comptabilisés dans les emplois de l’enseignement. Leur spécificité est avant tout l’enseignement ! Transmettre des savoirs aux élèves! Idem pour les ouvriers de la production agricole dont la spécificité est de produire dans un objectif de réduction de l’impact environnemental de leurs activités.

Par rapport à l’objectif de notre travail, faut-il garder ces trois métiers dans « notre » répertoire « métiers de la biodiversité » ?

Nous ne savons pas encore précisément quels sont parmi les métiers repérés ceux qui seront retenus dans le répertoire définitif des métiers de la biodiversité (informations à suivre sur le site de l’ATEN dans les prochaines semaines).

Ces interrogations nous amènent à vérifier nos premiers résultats par le biais d’autres sources d’information.
Nous conduisons, par exemple, une enquête en ligne auprès des gestionnaires d’espaces naturels de la région PACA. Le questionnaire, construit à partir des métiers retenus, demande aux employeurs de quantifier, pour chacun d’entre eux, le nombre d’emplois équivalent Leurs réponses doit nous permettre de vérifier si « nos » résultats obtenus sont proches ou éloignés des leurs.

Tee RA : ce travail vous a-t-il permis de repérer de nouveaux métiers ?

AL : Dans notre enquête, en répondant à la question « Y a-t-il des métiers qui s’exercent chez vous, et qui ne sont pas listés », les employeurs nous apporteront des informations sur de nouveaux métiers

Mais nous prenons également d’autres sources, en compte.
Le site de l’enseignement agricole Educagri.fr, par exemple, et le site internet du Réseau Tee Rhône Alpes. A travers son service de bourse d’emplois et de stages, le Réseau Tee nous apporte de précieuses informations sur les nouvelles mission et compétences, les nouvelles activités ; il nous renseigne sur les emplois de la biodiversité.

Enfin, nous sollicitons des regards d’experts, (au niveaux universitaire, de la fondation nationale sur la biodiversité, de certain parcs), sur les questions d’évolution des activités, des compétences et des emplois

En conclusion, ce travail est riche d’enseignement.
Ce qui est intéressant dans notre travail, c’est que deux organismes tels que l’AFPA et l’ATEN, qui à priori sont très éloignés, parviennent à élaborer une méthodologie s’appuyant sur leurs deux expériences qui s’avèrent complémentaires. La méthode que nous avons construite, s’appuie sur nos expériences respectives. Nous l’élaborons ensemble, au fur et à mesure de nos constats. Nous partageons nos questionnements. C’est cette collaboration qui rend l’exercice très enrichissant. 

Certes cette méthode a forcement des limites, mais en France, on ne sait pas évaluer finement l’emploi, sur des champs d’activités aussi nouveaux que la biodiversité.
Beaucoup de métiers sont mal représentés à travers les codes NAF, ou non représentées dans les catégories socioprofessionnelles (CSP)…
Alors peut-être notre méthode va-t-elle participer à renouveler les pratiques d’observation. Elle est certainement transférable à d’autre cas et dans d’autres contextes.

André LECHIGUERO
Propos recueillis par Marie Fabienne GILLE – Réseau Tee RA – Mars 2011

[1] Répertoire opérationnel des métiers et des emplois – Pôle Emploi.

[2] Centre national de la fonction publique territoriale

[3] Nomenclature des activités françaises

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5 Responses to “Activités de la biodiversité : quelles perspectives ?”

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